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Comment vont nos abeilles ?

Beekeeper holding a frame of honeycomb

Partout dans le monde, les abeilles vont mal, victimes de maladies, de parasites et des excès humains en matière d’agriculture, d’urbanisation, de pollution, de déboisement. Qu’en est-il aux Antilles-Guyane ? Comment pouvons-nous les protéger ?

L’abeille n’est pas seulement là pour produire du miel, elle joue un rôle majeur dans la pollinisation des espèces végétales. Elle résout pour ces dernières le problème de la rencontre des sexes et assure à elle seule 80 % de la pollinisation ! Il est donc capital que l’abeille soit à son poste, vaillante travailleuse de la ruche !

Bonne croissance

120 apiculteurs en Guadeloupe et 150 en Martinique « cultivent » respectivement 6 300 et 10 000 ruches pour une production d’environ 120 t par département. Ils sont les mieux placés pour témoigner de leur santé. « Nous sommes dans une situation difficile, même si elle n’est pas aussi alarmante que dans l’Hexagone, où on parle de catastrophe avec une production en chute libre, témoigne Benoît Foucan-Pérafide, ingénieur-conseil à l’Association des apiculteurs de la Guadeloupe (Apigua) et à la Sica Myel peyi gwadloup.

Cette année, les apiculteurs guadeloupéens ont en effet un peu plus produit que les 3 ou 4 dernières années. La reprise est à l’ordre du jour. » En Guyane aussi, la croissance annuelle est de 3 t depuis 2013. « Nos abeilles sont en bonne santé », se réjouit Jean-Philippe Champenois, technicien au sein de l’Association des apiculteurs de Guyane (Apiguy). Elle réunit une soixantaine d’apiculteurs, professionnels et amateurs, pour un cheptel de 700 à 800 ruches et une production estimée à 17 t en 2018.

A farmer outdoors in orchard at sunset, using pesticide chemicals

Pesticides, herbicides…

À la différence de la Guyane, les abeilles des Antilles sont confrontées aux méthodes de production de l’agriculture conventionnelle qui recourt aux pesticides, herbicides et insecticides. Mais les choses tendent à évoluer, comme le souligne Benoît Foucan-Pérafide : « Depuis 2 ou 3 ans, nous avons de vraies relations de travail avec les agriculteurs, notamment les producteurs bananiers du groupement LPG. Certains agriculteurs vont aujourd’hui vers une production biologique. Nous étudions le potentiel mellifère des plantes de couverture utilisées pour limiter l’enherbement et éviter les herbicides. Les apiculteurs se sont aperçu que ça jouait vraiment sur la santé des abeilles. Nous avons placé une dizaine de ruches dans les exploitations de bananeraies en conversion biologique. Les abeilles se portent très bien. La reine pond bien. C’est positif. Ce qui modère mon optimisme, c’est que tout le monde n’est pas en conversion biologique… »

Sous haute surveillance

Heureusement, nos abeilles sont relativement préservées des parasites. Jean-Pierre Jorite, président de l’Association de développement de l’apiculture en Martinique (Adama), se souvient pourtant d’avoir vu arriver dans ses ruches, il y a 25 ans environ, le varroa, un acarien nuisible, jusqu’alors absent de nos îles. « Depuis, on vit avec. Maîtrisé, il ne gêne pas vraiment l’abeille. En cas de trop grandes hygrométrie et pluviométrie, ou quand le nombre d’abeilles diminue dans la ruche, le varroa peut prendre le dessus et devenir un vrai problème. On peut choisir de ne rien faire, ou d’agir en préventif, en traitant la ruche après la récolte du miel, soit avec des produits phytosanitaires ou pharmaceutiques, soit avec des méthodes naturelles. J’utilise pour ma part les huiles essentielles de thym, de bois d’Inde et d’eucalyptus. » Idem en Guyane. « Quand le varroa est apparu en 2001, le plus gros producteur de miel est alors passé de 8 t à 100 kg ! Aujourd’hui, on traite en préventif », ajoute l’Apiguy.

L’association poursuit par ailleurs une étude épidémiologique et a envoyé des prélèvements d’abeilles au Groupement de défense sanitaire apicole (GDSA) de La Réunion. « Ils vont faire des tests pour voir s’il y a des maladies. Des bactéries comme les loques américaines et européennes, des virus comme celui du Cachemire, le couvain sacciforme, le virus des ailes déformées, et des microsporidies comme Nosema apis », détaille Jean-Philippe Champenois.

Un autre parasite est aussi sous haute surveillance dans nos régions, Aethina tumida, un coléoptère qui fait des ravages en Europe. « Il a récemment été recensé au Brésil et au Costa Rica », redoute le spécialiste guyanais.

urbanisation-guadeloupe-martinique-antilles-ecologie-abeille
Martinique, Fort-deFrance

Urbanisation intensive

En Martinique et en Guadeloupe, l’urbanisation intensive, le déboisement et la pollution perturbent aussi beaucoup les abeilles. Comme le signale Jean-Pierre Jorite, le déboisement et le désherbage mécaniques sont des fléaux. « On se focalise sur la propreté des bords de route, on fait du déboisement anarchique, on utilise des machines qui coupent et arrachent la végétation, privant les abeilles de réserves de nourriture. On dépense beaucoup d’argent à faire du mal aux abeilles. C’est un problème encore plus grave en Martinique qui a une superficie moins importante que la Guadeloupe. »

En effet, le problème majeur pour le maintien d’abeilles en bonne santé et en nombre, c’est la possibilité pour elles de se nourrir, autrement dit de trouver dans la nature des plantes mellifères en suffisance. Totalement en harmonie avec son environnement, l’abeille qui en zone tropicale travaille 360 jours par an, réduit son activité lorsque la flore est moins présente (entre novembre et janvier). « Toute la vie de la ruche est alors ralentie, la reine diminue sa ponte, la population d’abeilles peut même baisser de 60 % pour s’adapter au manque de nourriture. C’est un processus naturel qui n’a rien d’inquiétant, explique Jean-Pierre Jorite. Rien à voir avec ce qui se passe lorsqu’on déboise ou désherbe à outrance. »

Urbanisation excessive, déboisements qui les affament, réseaux routiers sans cesse agrandis, pollution atmosphérique importante sont les causes majeures de la disparition progressive des abeilles. Comme la prolifération des antennes et relais téléphoniques, qui mettent en danger les abeilles, perturbant leur système GPS et leurs repères biologiques. « Même nos abeilles « domestiques » en souffrent, s’insurge Benoît Foucan-Pérafide. Les insectes ne savent pas se défendre face à ces attaques ! Ce sont nos activités qui détruisent les abeilles. Mais à notre échelle, on peut agir. Quand on construit 200 m2, plantons 200 m2 utiles : des suretiers, des arbres fruitiers (mombin, quénettier, avocatier) autour de chez nous, des arbustes « milflè » (lantana), des turneras pour aider les insectes. »

Mauvais temps

Et il n’y a malheureusement pas que l’homme qui menace les abeilles. Il arrive que la nature aussi s’en mêle, détraquée sans doute par ce même homme. Sécheresse, cyclones majeurs, pluies diluviennes privent les abeilles de nourriture ou les détruisent directement. En 2017, Maria a ainsi lourdement impacté la production mellifère et la vie des abeilles, et les deux années suivantes ont été très difficiles. « D’un jour à l’autre on peut tout perdre, appréhende Benoît Foucan-Pérafide. Il faut être vigilant et ça demande des efforts terribles. Nous essayons de travailler avec chacun, les agriculteurs, les politiques, les aménageurs. Il faut que tout le monde y mette du sien si on veut préserver notre miel et nos abeilles. » « L’abeille fait partie de notre société. L’idéal serait que tout le monde en soit conscient », complète Jean-Pierre Jorite.

Les vertus du myel ti poban

La famille des Apidae regroupe de nombreuses espèces d’abeilles, dont la plus connue est l’abeille domestique (Apis melifera) réputée pour son miel. Mais on trouve aussi en Guadeloupe d’autres espèces comme les Bombidae, surnommées « vonvon ». L’espèce la plus rare et la plus précieuse est la Mélipone de Guadeloupe qui appartient au genre Melipona présent en Amérique centrale et du Sud et au Mexique. Cette espèce sauvage endémique de la Guadeloupe produit en petite quantité un miel d’une qualité inégalée, aux vertus quasi médicinales. Les anciens l’appelaient myel ti poban. Sur une même zone de production, sa composition est très différente d’un miel d’abeilles domestiques. Il contient un fort pourcentage en eau (30 % environ) qui nécessite une bonne conservation pour éviter la fermentation. L’Apigua a initié des études pour mieux la connaître et récupérer les essaims sauvages. Une dizaine est aujourd’hui installée « en boîte » chez différents apiculteurs.

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