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Damien Bissessar, une belle histoire de molécules

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Anne De Tarragon

Le monde entier le découvre, en février dernier, aux côtés du Dr Henry Joseph. Damien Bissessar, c’est le jeune docteur en chimie de 29 ans qui a travaillé sur l’herbe à pic. Un parcours édifiant, de Capesterre à Los Angeles…

L’histoire de Damien Bissessar est celle d’un petit gars de Roseau, qui pêche sur la caye, fabrique des attrape-crabes, vend du poisson, des burgots et des palourdes pour se faire de l’argent de poche. Il arrive aussi que sa mère le poursuive, tard le soir, une ceinture à la main, pour le faire rentrer à la maison. « Ma mère nous a offert un cadre, un système d’éducation excellent. Elle nous a toujours donné de bonnes énergies. C’est un modèle pour moi. » Mère et tantes sont des cuisinières hors pair et le jeune Damien ressent bien tout ce qui se cache derrière le fameux dombré-ouassous, le lambi-riz-pois de bois, la langouste grillée ou les acras. « Cette cuisine contient des molécules d’amour ! Le luxe chez nous, ce n’était pas le poisson, ni même la langouste que nous pêchions. C’était la viande. Elle était chère et donc rare. »

Des études poussées

Ce gamin libre est aussi un très bon élève. Il commence sa licence à Fouillole, avant de partir pour Strasbourg où il passe brillamment un master en chimie verte, puis son doctorat. « Ma passion, c’était la science. Tous mes oncles sont pêcheurs. Tout petit et déjà très débrouillard, je vendais le poisson, faisant les calculs de tête. Mes mots-clés étaient l’efficacité et l’argent. J’ai pris conscience très tôt qu’il fallait que je gagne de l’argent pour m’en sortir, évoluer, devenir meilleur et à mon tour aider les miens. J’étais attaché à mon petit monde, mais je rêvais aussi d’en partir. »

Une recherche spirituelle

Damien au laboratoire de Clariant à Bâle pendant sa thèse
Damien au laboratoire de Clariant à Bâle pendant sa thèse

Damien est un étudiant brillant, encouragé par ses professeurs à Strasbourg, « terreau dont sont issus de nombreux prix Nobel », quand il a un déclic. « À 23 ans, j’ai trouvé ma voie spirituelle. Un ami m’a conseillé un livre du Dalaï Lama, Compassion. J’ai ressenti une ouverture qui a transformé ma compréhension du monde et de moi-même, et m’a permis de mieux me connaître. J’ai commencé à méditer, mis de l’intention dans ce que je faisais. J’avais beaucoup appris et là, j’avais la sensation d’avoir plus de facilité encore. Pendant ma thèse, j’ai rédigé de nombreuses publications et participé au dépôt de quatre brevets. Je sentais une forte émulation et je me suis tellement amusé ! En 1 an et demi (au lieu de 3), j’ai relevé le challenge. Ça m’a permis d’avoir du temps pour moi, pour me poser, pour réfléchir, pour savoir ce que je voulais vraiment. »

« Je choisis Roseau »

Reçu à sa thèse avec une standing ovation, Damien est courtisé par de nombreuses entreprises, mais il choisit de partir à la Nasa, à Los Angeles, s’ouvrir d’autres horizons. Pour l’agence spatial, il travaille sur l’étude des systèmes de conversion d’énergie applicables sur Mars, autrement dit la conversion du CO2 (dioxyde de carbone) présent dans l’atmosphère de Mars en O2 et fuel pour servir de combustible. « J’ai aussi été professeur associé à l’Occidental College, une école privée très élitiste par où est passé Barack Obama. C’était une super expérience. J’ai aimé la vie là-bas. Mais entre la plage de Santa Monica et Roseau, je choisis Roseau ! J’ai envie de faire des choses qui ont du sens pour moi. Comme trouver comment purifier les terres et les eaux polluées au chlordécone. Je me donne 1 an pour relever ce challenge. Ça, ça a vraiment du sens. »

Rencontre avec les plantes

Cristal de cubane luminescent réalisé par Damien durant sa thèse
Cristal de cubane luminescent réalisé par Damien durant sa thèse
Damien et son petit frère qui visite le labo à Strasbourg
Damien et son petit frère qui visite le labo à Strasbourg

Les plantes, le jeune chimiste n’en est pas spécialiste, quoi que… « Si mes parents utilisent les rimèd razié depuis toujours, si ma mère est amoureuse des plantes et que la maison en est remplie, si mon père fait son jardin créole, moi, je ne me suis jamais senti très concerné, jusqu’à ce que j’entre en chimie. Aujourd’hui, j’aime les plantes pour les molécules qui les constituent, je les reconnais, je sais quoi en faire.

Lorsque Henry Joseph m’a présenté son projet, j’ai compris que ma formation me permettrait de trouver où ça coinçait, de faire un travail de qualité sur un temps très court. J’ai eu alors l’opportunité d’apprendre la nomenclature des compositions chimiques des plantes guadeloupéennes via le Tramil (programme de recherche appliquée à l’usage populaire des plantes médicinales dans la Caraïbe, NDLR). Nous avons testé l’activité inhibitrice d’extraits de plantes sur des enzymes, et eu des résultats qui ont mené au brevet. Mais on n’en est pas encore à faire des tests in vitro ! » La recherche est un domaine exaltant, et les défis à relever sont énormes et « parfois ça ne marche pas. D’ailleurs le plus commun, c’est de ne pas trouver ! Il ne faut pas lâcher, être bosseur et assez curieux pour tester encore et encore. C’est un peu comme lorsque je fabriquais des attrape-crabes ! Être passionné, s’amuser, avoir envie de découvrir, de réussir ».

De la discipline

Chez ce jeune homme qui sait ce qu’il veut et s’arrange pour le mettre en œuvre avec intelligence et efficacité, se mêle à la joie profonde une sourde tristesse. « Cette tristesse me vient de mon combat pour ma famille, très modeste, marquée par les conflits, les traumas, les souffrances. » Et s’il a choisi de revenir en Guadeloupe, c’est parce que vivre avec sa famille a plus de sens pour lui que de mener des projets vers Mars. « Je veux pouvoir influencer mon environnement, rendre attractif le lieu où je vis. J’ai envie de laisser une trace, créer. Je visualise, je vise haut et je pose des actions. Voilà ce que je suis, voilà où je veux aller, quelle est ma motivation pour y aller. J’ai de la volonté. Peu importe ce qu’on veut faire, on y arrive avec de la discipline. »

Damien pendant sa soutenance de thèse en 2018
Damien pendant sa soutenance de thèse en 2018

Une thèse aux résultats prometteurs

Damien Bissessar a soutenu une thèse dont la qualité et les résultats ont été soulignés, menée en collaboration étroite avec le milieu de l’industrie. Elle s’intitule Synthèse de nouveaux composés phosphorés : vers de nouveaux additifs pour polymères et des complexes cuivreux luminescents innovants. Aujourd’hui, ces additifs entrent dans la composition de tous les plastiques, mais aussi divers revêtements, peintures… et représentent un marché énorme. Le premier challenge consistait pour le jeune chimiste à trouver des composés non-toxiques pour remplacer ces additifs, en passant si possible par une voie de valorisation de la biomasse. Le deuxième aspect prévoyait de proposer une alternative plus efficace et plus économique à des composés chimiques complexes avec une application technologique, tels que les Led (Light-emitting diode) présentes dans les téléphones, par exemple.

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