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Pénurie de médecins aux Antilles-Guyane

pénurie de médecins aux Antilles-Guyane
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En matière de sous-densité médicale, les Antilles-Guyane font partie des départements français les plus mal lotis. Avec des taux parfois largement en dessous de la moyenne, les tentatives pour inverser la tendance sont nombreuses. Tour d’horizon.

Avec des densités médicales en dessous de la moyenne nationale, la situation des Départements français d’Amérique (DFA) est préoccupante. En 2021, la Guyane figure au même niveau que les plus faibles de l’Hexagone, toutes spécialités confondues, avec 58,7 professionnels pour 100 000 habitants (146,6 pour la moyenne nationale). En Guadeloupe et en Martinique, le manque de praticiens est criant lui aussi. Au total, en janvier 2021, la Guadeloupe affiche une densité de médecins généralistes libéraux à hauteur de 87/100 000 habitants, et de 68/100 000 habitants de spécialistes libéraux. En Martinique, 92 pour les généralistes libéraux et 55 pour les spécialistes (contre respectivement 99 et 94 à l’échelle nationale).

Population vieillissante

pénurie de médecins aux Antilles-Guyane

Les conséquences ? Des difficultés d’accès et de permanence des soins (ce qui alourdit la fréquentation des urgences), des délais de rendez-vous très importants (source de renoncement aux soins), des salles d’attente qui ne désemplissent pas… La cause ? La décennie 2010 est marquée par le départ à la retraite des générations issues des numerus clausus (fixation d’un effectif limite) des années 1970-1980. Les médecins actuellement en milieu de carrière sont moins nombreux, sous l’effet des numerus clausus particulièrement faibles des années 1990. Parallèlement, la population vieillit, donc les besoins progressent.

Impact de la pandémie

La crise sanitaire, liée au Covid-19, a eu un impact très négatif sur le personnel médical, hospitalier et libéral, aux Antilles-Guyane. Elle a fragilisé un secteur sous tension, mais a surtout engendré un climat de violence inédit à l’encontre du corps médical. Fin mai, les urgences du CHU de Pointe-à-Pitre déploraient le départ de 18 médecins en 4 mois. En Martinique, « c’est l’hécatombe », assure Anne Criquet-Hayot, présidente de l’URML Martinique (Union régionale des médecins libéraux).

« Entre 2021 et 2022, beaucoup de spécialistes (dermatologues, ophtalmologues, neurologues…) et de généralistes sont partis ou ont pris leur retraite anticipée. Ces professionnels sont les grands oubliés de la crise. Ils n’ont reçu aucun renfort ni reconnaissance alors qu’ils étaient au front. » Selon elle, seules certaines dispositions seraient en mesure d’attirer de nouveaux médecins : le placement des Dom en zone déficitaire, la création d’une zone franche d’activité médicale, la suppression de l’octroi de mer pour le matériel médical lourd et l’indexation à hauteur de 20 % des actes techniques.

Projets ambitieux

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Déjà, une palette de mesures existe pour renforcer la présence médicale dans les zones sous-denses notamment les aides financières à l’installation (jusqu’à 50 000 €) de l’Assurance maladie (une quarantaine de contrats signés depuis 2015 en Guadeloupe). Depuis 2017, l’État a lancé un plan d’accès territorial aux soins qui a permis un premier essor de la télémédecine, de l’exercice coordonné (sept maisons de santé opérationnelles en Guadeloupe), mais aussi de l’élargissement des délégations de tâches et des coopérations plus nombreuses entre professionnels. En septembre 2018, la stratégie Ma santé 2022 a donné une nouvelle impulsion à ce plan avec notamment l’ambition de recruter 400 médecins généralistes dans les territoires prioritaires.

Grâce aux nouvelles technologies, la télémédecine permet l’accès à distance à un professionnel de santé ou à une équipe médicale. Elle permet d’établir un diagnostic, d’assurer un suivi, de requérir un avis spécialisé, de prescrire des médicaments… En Guadeloupe, la télé-expertise (sollicitation à distance de l’avis d’autres confrères) se pratique beaucoup à l’hôpital et des téléconsultations s’organisent de plus en plus dans les pharmacies. Mais l’illustration la plus intéressante revient au dispositif de haute technologique (à l’arrêt en ce moment) mis en place en 2017 entre le CHU de Pointe-à-Pitre et les résidents de Marie-Galante. Piloté par le Dr Mona Hédreville, spécialiste en cardiologie et maladies vasculaires, il s’agissait de proposer une téléconsultation cardiologique avec réalisation d’une télé-échographie robotisée.

Faculté de plein exercice

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Depuis la rentrée 2021, le numerus clausus des études de santé est terminé. Les effets ne seront toutefois pas immédiats puisque la formation des médecins prend une dizaine d’années. La création, dès septembre 2023, dans les DFA, basée en Guadeloupe, d’une faculté de plein exercice, pourrait aussi devenir un levier d’attractivité. Jusqu’à maintenant, les étudiants antillo-guyanais devaient poursuivre leurs études dans l’Hexagone après les trois premières années (40 à 50 % ne revenaient pas).

Désormais, ils pourront finir leur cursus chez eux. D’autres projets sont également encourageants : la livraison, en 2022, du Pôle universitaire de santé de la Martinique, un campus santé à l’horizon 2026 situé à côté du futur CHU de Guadeloupe et un Centre hospitalier universitaire en Guyane en 2025.

Améliorer l’offre de soins

Le territoire de la Guyane est particulier. Certaines communes sont totalement isolées et accessibles uniquement en pirogue ou par avion. Pour pallier le déficit de médecins, l’Agence régionale de santé (ARS) locale travaille à améliorer l’offre de soins qu’elle veut « au plus près de la population ». « Pour éviter l’hospitalisation, certaines pathologies de l’œil peuvent être traitées en chirurgie ambulatoire en cabinet ophtalmologique », précise Zéty Billard, responsable du pôle e-santé à l’ARS Guyane.

« L’accompagnement des internes est renforcé, souligne Joana Girard, directrice de l’offre de soin. Un premier pas pour créer une expérience positive. Les étudiants sont aidés par le Crous et le rectorat pour les hébergements. Ils sont pris en charge et ont des référents. Le territoire est attractif grâce à nos spécificités locales (maladies vectorielles, infectieuses tropicales…), à notre population jeune (grossesse précoce, besoin de pédiatres). La Guyane a des réalités médicales passionnantes. Il y a des sujets ici que les étudiants ne trouveront pas ailleurs. Nous travaillons aussi avec le Centre national d’études spatiales – Centre spatial guyanais pour le développement de solutions numériques, notamment le haut débit pour impulser davantage la télémédecine. »

Par Lia Mancora

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